Tuesday, May 4, 2010

1er mai : où est le muguet ?



Plus d’un mois en Angola. Peut-être que je peux commencer à sentir ce qu’est une petite partie de ce pays. Il y a toujours le filtre de la subjectivité, du parcours, des rencontres. Comme toujours et donc sans surprise, il y a l’avant, ces moments avant de découvrir un nouveau coin de terre durant lesquels on s’essaie à la visualisation, on se documente, on discute avec ceux qu’on laisse pour un temps. Et puis on y est, tellement enseveli dans le nouveau que la faculté de prendre du recul disparaît. Hier soir, sur un balcon au quatrième étage d’un des nombreux immeubles des années 60 construit à la mode communiste par les Portugais, j’ai eu ce sentiment soudain d’arrêt dans le temps, de visualisation du petit brin de femme que je suis dans ce pays complètement fou.
Luanda est un vaste chantier, un règne du béton où la spéculation, l’argent, le trafic et de faux espoirs de démocratie cohabitent. Les grues sont partout, la poussière des constructions qui s’élèvent sous l’action du labeur des ouvriers chinois sature l’air sous le soleil violent du midi sous les tropiques. Avant les guerres, Luanda était une des plus belles villes d’Afrique, verte et généreuse, élégante dans l’étalage de vieux bâtiments pastel construits par les Portugais. Aujourd’hui avec plus de cinq millions de personnes venues trouver refuge dans le seul lieu quasiment épargné par la guerre, le centre-ville où j’habite et fonctionne est entouré de bidonvilles qui s’étirent sur des kilomètres.
Quand la richesse demeure entre les mains d’une minuscule élite, dirigeants politiques, chefs d’entreprises, pétroliers et expatriés, la pauvreté utilise les moyens à sa disposition pour mal survivre. Et ainsi Luanda devient dangereuse. J’ai réalisé à quel point la nuit me rend dépendante : impossible ou inconscient de circuler seule après le crépuscule. Et même en étant motorisé ou en plein jour, les attaques armées sont légions, souvent orchestrées dans le seul but d’obtenir un téléphone portable. Les policiers, qui ne sont parfois pas payés pendant six mois, subsistent grâce aux « gazozas », les petits pots-de-vin. Le droit coutumier se substitue aisément à la justice corrompue, l’impunité atteint son paroxysme. Les quelques requins qui errent au large font pale figure à côté des humains avides.
Le milieu de la nuit, amalgame formée par la jeunesse dorée et les expatriés désireux de s’évader dans les excès, est une jungle délirante. La presque-île « Ilha » est bordée de bars design où résonne les musiques angolaises, brésiliennes et électroniques crashée par des sound systems disproportionnés. J’ai découvert avec plaisir le bar-théâtre le plus alternatif de la ville à l’occasion d’un concert de jazz - accompagnée par Kamel, l’Ambassadeur d’Algérie (mais oui, tout est possible) et de potes français, anglais et portugais. Ecrans géants sur lesquels sont projetés des vidéo bizarres, une scène lovée entre de vieux piliers de cette bâtisse coloniale, un bar sous les étoiles et une musique de qualité (ouf !), voilà pour le cadre. Le multiculturalisme est partout, le métissage se lit sur les peaux. Jongler avec les langues est un processus quotidien.
Il y a aussi le travail. Christian, mon chef, est finalement resté bloqué une semaine de plus au Maroc pour des raisons volcaniques qui ont donné de la matière aux médias. Les trois premières semaines étaient donc très creuses, on m’a dit d’en profiter pour bien m’installer, rencontrer les partenaires, aller faire mes courses avec le chauffeur du projet… A présent, je vois aussi que le projet est beau sur le papier mais plein de paradoxes et que l’Afrique étant l’Afrique, les choses avancent à petits pas, maladroitement. Néanmoins, j’ai décidé qu’aller sur le terrain serait la meilleure des choses. Le travail au niveau institutionnel est ambitieux mais frôle l’immobilisme. Je préfère l’humilité et me rendre utile. Je pars donc pour une première mission de formation de professeurs dans le nord du pays, ça va être un premier test. 8 heures de 4x4 pour atteindre Uige, je vais pouvoir pratiquer mon portugais hésitant avec Nando, mon chauffeur ! Il y a heureusement des collègues angolais extrêmement motivés.

Monday, May 3, 2010

Lumière et béton Luanda

En vrac : un regard attentif à Cabo Ledo, le mausolé du père de l´indépndance, Agostinho Neto (charmant monument offert par les Soviétiques), la vue de la Marginal (front de mer sur la baie), Marie-Eve face au chaos et les travaux, encore et toujours














Forteresse











Là où règne le béton...
















Tuesday, April 13, 2010

Mubanga 2

Trajet pour atteindre une lagune à une cinquantaine de kilomètres de Luanda : plus de deux heures de voitures ! La découverte de l´état des routes représente en soi une forme d´attraction : les ornières atteignent parfois le mètre de profondeur, les déformations du bitume font penser à des vagues de matière rigide, les nids de poules s´apparentent à ceux des autruches. Autant dire qu´avec Martine (la directrice de l´Alliance) au volant, qui plus que visiblement aime la vitesse, j´ai serré les fesses pendant deux heures.

Le trajet vaut largement le coup. Martine a été invitée par le patron d´un bar assez célèbre à Luanda qu´il tient avec la fille du président. Il vient de créer un complexe hôtelier en pleine nature. Il a donc lancé des invitations pour que le bouche à oreille lui serve de publicité. Nous partons avec Marie, directrice culturelle de l´Alliance, et son copain cubain qui travaille pour une chaîne de télévision angolaise.

Mubanga est un rassemblement de bungalow luxueux – en bois pour respecter le cadre naturel – autour d´une case géante et ouverte aux quatre vents faisant office de bar et restaurant. Le bon goût à l´africaine est au rendez-vous : plantes, matériaux naturels, art brut, mobilier design et luminaires s´entremêlent pour le bonheur du client. Et revoilà donc l´Afrique dans toute sa splendeur, où passer d´un milieu à un autre se fait instantanément, où le luxe voisine sans complexe avec la plus grande pauvreté…

Alors que la majeure partie de la population ne connaît ni l´eau courante, ni l´électricité, me voilà au bord d´une piscine et à suivre des lumières tamisées pour retrouver l´entrée de mon bungalow. Oublions les complexes, ils ne changent pas la face du monde.

Un samedi soir en Angola : soirée au champagne, chef français et service attentif. Je ne vais pas ma plaindre, moi qui croyais que j´allais rentrer dans une ère de privation, je saute sur ma salade de chèvres chaud et passe une excellente soirée.

La lumière est splendide, le coucher de soleil sur la lagune décuple les couleurs, des grosses dindes blanches courent un peu partout, les baobabs déploient leurs branches colossales au dessus de l´eau, les crapauds entrent en cacophonie, les insectes pullulent et tombent dans les verres de vin - une fin de vie éthylique, il y a pire.

Durant la nuit, une tempête fait rage, je retrouve la violence des pluies tropicales et leurs effets bénéfiques : au matin, une simili fraîcheur, des brumes qui se dispersent, une odeur de terre humide, la poussière disparue.

Le propriétaire nous amène à un centre équestre (continuons l´orgie d´indécences, on n´en est plus à une près). Sur le chemin, nous traversons des villages – des femmes font leur lessive au bord d´une rivière, un cochon fouine dans un tas d´ordure, des gamins gambadent cul nu, des filles se font des tresses. Les habitats sont de simples constructions de forme rectangulaire aux murs faits de briques de terre et couvertes de taule ondulée. Le soir, en rentrant dans Luanda, je découvre pour la première fois les « museques » - bidonvilles – où les mêmes petites constructions sont cette fois-ci entassées à flan de colline, au milieu de ravines et de montagnes de poubelles. C´est donc ça le communisme à l´africaine…














Mubanga 1





















Saturday, April 10, 2010

Le mirador de la lune



coin assez magique et lunaire comme son nom l'indique. Le plateau s'arrête à quelques centaines de mètres de l'océan et sous la couche de terre rouge s'en dévoile une autre, que le vent et la pluie ont sculpté

Cabo Ledo



120 km au sud de Luanda, un coin pour s'oxygéner. Sur la route, le plateau est peuplé de baobabs et de cactus gigantesques. Par contre, il n'y a pratiquement aucune occupation humaine, séquelle visible de la guerre civile.

A mi-chemin, on passe le pont de la rivière Kwanza, lieu hautement stratégique où un tank rouillé rappelle des jours troubles. Pas moyen de prendre de photo, comme pour tous les lieux gouvernementaux, c'est interdit.





























Cabo Ledo est un spot de surf réputé, mais il y avait seulement des vagues minuscules, de quoi observer de jeunes amateurs et pas plus.































Village de pêcheurs après la pluie.

Monday, March 22, 2010