Le trajet vaut largement le coup. Martine a été invitée par le patron d´un bar assez célèbre à Luanda qu´il tient avec la fille du président. Il vient de créer un complexe hôtelier en pleine nature. Il a donc lancé des invitations pour que le bouche à oreille lui serve de publicité. Nous partons avec Marie, directrice culturelle de l´Alliance, et son copain cubain qui travaille pour une chaîne de télévision angolaise.
Mubanga est un rassemblement de bungalow luxueux – en bois pour respecter le cadre naturel – autour d´une case géante et ouverte aux quatre vents faisant office de bar et restaurant. Le bon goût à l´africaine est au rendez-vous : plantes, matériaux naturels, art brut, mobilier design et luminaires s´entremêlent pour le bonheur du client. Et revoilà donc l´Afrique dans toute sa splendeur, où passer d´un milieu à un autre se fait instantanément, où le luxe voisine sans complexe avec la plus grande pauvreté…
Alors que la majeure partie de la population ne connaît ni l´eau courante, ni l´électricité, me voilà au bord d´une piscine et à suivre des lumières tamisées pour retrouver l´entrée de mon bungalow. Oublions les complexes, ils ne changent pas la face du monde.
Un samedi soir en Angola : soirée au champagne, chef français et service attentif. Je ne vais pas ma plaindre, moi qui croyais que j´allais rentrer dans une ère de privation, je saute sur ma salade de chèvres chaud et passe une excellente soirée.
La lumière est splendide, le coucher de soleil sur la lagune décuple les couleurs, des grosses dindes blanches courent un peu partout, les baobabs déploient leurs branches colossales au dessus de l´eau, les crapauds entrent en cacophonie, les insectes pullulent et tombent dans les verres de vin - une fin de vie éthylique, il y a pire.
Durant la nuit, une tempête fait rage, je retrouve la violence des pluies tropicales et leurs effets bénéfiques : au matin, une simili fraîcheur, des brumes qui se dispersent, une odeur de terre humide, la poussière disparue.
Le propriétaire nous amène à un centre équestre (continuons l´orgie d´indécences, on n´en est plus à une près). Sur le chemin, nous traversons des villages – des femmes font leur lessive au bord d´une rivière, un cochon fouine dans un tas d´ordure, des gamins gambadent cul nu, des filles se font des tresses. Les habitats sont de simples constructions de forme rectangulaire aux murs faits de briques de terre et couvertes de taule ondulée. Le soir, en rentrant dans Luanda, je découvre pour la première fois les « museques » - bidonvilles – où les mêmes petites constructions sont cette fois-ci entassées à flan de colline, au milieu de ravines et de montagnes de poubelles. C´est donc ça le communisme à l´africaine…
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