Plus d’un mois en Angola. Peut-être que je peux commencer à sentir ce qu’est une petite partie de ce pays. Il y a toujours le filtre de la subjectivité, du parcours, des rencontres. Comme toujours et donc sans surprise, il y a l’avant, ces moments avant de découvrir un nouveau coin de terre durant lesquels on s’essaie à la visualisation, on se documente, on discute avec ceux qu’on laisse pour un temps. Et puis on y est, tellement enseveli dans le nouveau que la faculté de prendre du recul disparaît. Hier soir, sur un balcon au quatrième étage d’un des nombreux immeubles des années 60 construit à la mode communiste par les Portugais, j’ai eu ce sentiment soudain d’arrêt dans le temps, de visualisation du petit brin de femme que je suis dans ce pays complètement fou.
Luanda est un vaste chantier, un règne du béton où la spéculation, l’argent, le trafic et de faux espoirs de démocratie cohabitent. Les grues sont partout, la poussière des constructions qui s’élèvent sous l’action du labeur des ouvriers chinois sature l’air sous le soleil violent du midi sous les tropiques. Avant les guerres, Luanda était une des plus belles villes d’Afrique, verte et généreuse, élégante dans l’étalage de vieux bâtiments pastel construits par les Portugais. Aujourd’hui avec plus de cinq millions de personnes venues trouver refuge dans le seul lieu quasiment épargné par la guerre, le centre-ville où j’habite et fonctionne est entouré de bidonvilles qui s’étirent sur des kilomètres.
Quand la richesse demeure entre les mains d’une minuscule élite, dirigeants politiques, chefs d’entreprises, pétroliers et expatriés, la pauvreté utilise les moyens à sa disposition pour mal survivre. Et ainsi Luanda devient dangereuse. J’ai réalisé à quel point la nuit me rend dépendante : impossible ou inconscient de circuler seule après le crépuscule. Et même en étant motorisé ou en plein jour, les attaques armées sont légions, souvent orchestrées dans le seul but d’obtenir un téléphone portable. Les policiers, qui ne sont parfois pas payés pendant six mois, subsistent grâce aux « gazozas », les petits pots-de-vin. Le droit coutumier se substitue aisément à la justice corrompue, l’impunité atteint son paroxysme. Les quelques requins qui errent au large font pale figure à côté des humains avides.
Le milieu de la nuit, amalgame formée par la jeunesse dorée et les expatriés désireux de s’évader dans les excès, est une jungle délirante. La presque-île « Ilha » est bordée de bars design où résonne les musiques angolaises, brésiliennes et électroniques crashée par des sound systems disproportionnés. J’ai découvert avec plaisir le bar-théâtre le plus alternatif de la ville à l’occasion d’un concert de jazz - accompagnée par Kamel, l’Ambassadeur d’Algérie (mais oui, tout est possible) et de potes français, anglais et portugais. Ecrans géants sur lesquels sont projetés des vidéo bizarres, une scène lovée entre de vieux piliers de cette bâtisse coloniale, un bar sous les étoiles et une musique de qualité (ouf !), voilà pour le cadre. Le multiculturalisme est partout, le métissage se lit sur les peaux. Jongler avec les langues est un processus quotidien.
Il y a aussi le travail. Christian, mon chef, est finalement resté bloqué une semaine de plus au Maroc pour des raisons volcaniques qui ont donné de la matière aux médias. Les trois premières semaines étaient donc très creuses, on m’a dit d’en profiter pour bien m’installer, rencontrer les partenaires, aller faire mes courses avec le chauffeur du projet… A présent, je vois aussi que le projet est beau sur le papier mais plein de paradoxes et que l’Afrique étant l’Afrique, les choses avancent à petits pas, maladroitement. Néanmoins, j’ai décidé qu’aller sur le terrain serait la meilleure des choses. Le travail au niveau institutionnel est ambitieux mais frôle l’immobilisme. Je préfère l’humilité et me rendre utile. Je pars donc pour une première mission de formation de professeurs dans le nord du pays, ça va être un premier test. 8 heures de 4x4 pour atteindre Uige, je vais pouvoir pratiquer mon portugais hésitant avec Nando, mon chauffeur ! Il y a heureusement des collègues angolais extrêmement motivés.
Luanda est un vaste chantier, un règne du béton où la spéculation, l’argent, le trafic et de faux espoirs de démocratie cohabitent. Les grues sont partout, la poussière des constructions qui s’élèvent sous l’action du labeur des ouvriers chinois sature l’air sous le soleil violent du midi sous les tropiques. Avant les guerres, Luanda était une des plus belles villes d’Afrique, verte et généreuse, élégante dans l’étalage de vieux bâtiments pastel construits par les Portugais. Aujourd’hui avec plus de cinq millions de personnes venues trouver refuge dans le seul lieu quasiment épargné par la guerre, le centre-ville où j’habite et fonctionne est entouré de bidonvilles qui s’étirent sur des kilomètres.
Quand la richesse demeure entre les mains d’une minuscule élite, dirigeants politiques, chefs d’entreprises, pétroliers et expatriés, la pauvreté utilise les moyens à sa disposition pour mal survivre. Et ainsi Luanda devient dangereuse. J’ai réalisé à quel point la nuit me rend dépendante : impossible ou inconscient de circuler seule après le crépuscule. Et même en étant motorisé ou en plein jour, les attaques armées sont légions, souvent orchestrées dans le seul but d’obtenir un téléphone portable. Les policiers, qui ne sont parfois pas payés pendant six mois, subsistent grâce aux « gazozas », les petits pots-de-vin. Le droit coutumier se substitue aisément à la justice corrompue, l’impunité atteint son paroxysme. Les quelques requins qui errent au large font pale figure à côté des humains avides.
Le milieu de la nuit, amalgame formée par la jeunesse dorée et les expatriés désireux de s’évader dans les excès, est une jungle délirante. La presque-île « Ilha » est bordée de bars design où résonne les musiques angolaises, brésiliennes et électroniques crashée par des sound systems disproportionnés. J’ai découvert avec plaisir le bar-théâtre le plus alternatif de la ville à l’occasion d’un concert de jazz - accompagnée par Kamel, l’Ambassadeur d’Algérie (mais oui, tout est possible) et de potes français, anglais et portugais. Ecrans géants sur lesquels sont projetés des vidéo bizarres, une scène lovée entre de vieux piliers de cette bâtisse coloniale, un bar sous les étoiles et une musique de qualité (ouf !), voilà pour le cadre. Le multiculturalisme est partout, le métissage se lit sur les peaux. Jongler avec les langues est un processus quotidien.
Il y a aussi le travail. Christian, mon chef, est finalement resté bloqué une semaine de plus au Maroc pour des raisons volcaniques qui ont donné de la matière aux médias. Les trois premières semaines étaient donc très creuses, on m’a dit d’en profiter pour bien m’installer, rencontrer les partenaires, aller faire mes courses avec le chauffeur du projet… A présent, je vois aussi que le projet est beau sur le papier mais plein de paradoxes et que l’Afrique étant l’Afrique, les choses avancent à petits pas, maladroitement. Néanmoins, j’ai décidé qu’aller sur le terrain serait la meilleure des choses. Le travail au niveau institutionnel est ambitieux mais frôle l’immobilisme. Je préfère l’humilité et me rendre utile. Je pars donc pour une première mission de formation de professeurs dans le nord du pays, ça va être un premier test. 8 heures de 4x4 pour atteindre Uige, je vais pouvoir pratiquer mon portugais hésitant avec Nando, mon chauffeur ! Il y a heureusement des collègues angolais extrêmement motivés.
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